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Vauban : un courrier au goût actuel


Le 17 septembre 1683, Vauban écrit une lettre à son Ministre Louvois qui garde tout son sens de nos jours.



A Louvois

Monseigneur,

Il y a quelques queues d´ouvrages des années dernières qui ne sont point finies et qui ne finirons point, et tout cela, Monseigneur, par la confusion que causent les fréquents Rabais qui se font dans vos ouvrages, car il est certain que toutes ces ruptures de marchés, manquements de parole et renouvellement d´adjudications, ne servent qu´à vous attirer comme Entrepreneurs tous les misérables qui ne savent où donner de la tête: les fripons et les ignorants, et à faire fuir tous ceux qui ont de quoi et qui sont capables de conduire une Entreprise.

Je dis plus, qu´elles retardent et renchérissent considérablement les ouvrages qui n´en sont que plus mauvais, car ces Rabais et Bons Marchés tant recherchés sont imaginaires, d´autant qu´il est d´un entrepreneur qui perd comme d´un homme qui se noie, qui se pend à tout ce qu´il peut; or, se prendre à tout ce qu´on peut en matière d´Entrepreneur, c´est ne pas payer ses marchands chez qui il prend les matériaux, friponner ce qu´il peut, mal payer les ouvriers qu´il emploie, n´avoir que les plus mauvais parce qu´ils se donnent à meilleur marché que les autres, n´employer que les plus méchants matériaux, chicaner sur toutes choses et toujours crier miséricorde contre celui-ci ou celui-là...

En voilà assez, Monseigneur, pour vous faire voir l´imperfection de cette conduite: quittez-la donc et au nom de Dieu, rétablissez la bonne foi, donnez les prix et les ouvrages et ne refusez pas un honnête salaire a un entrepreneur qui s´acquitte de son devoir, ce sera toujours le meilleur marché.

signé : Vauban

DE LA GOURVERNANCE A LA PRISE EN COMPTE DES PARTIES PRENANTES


On pourrait aujourd´hui faire le parallèle avec beaucoup de secteurs d´activité, qui pratiquent cette course au rabais depuis des années, principalement dans le secteur des B to C. L´objectif peut aussi bien être d´apporter sur le marché un produit le plus accessible possible, ou bien d´améliorer ses marges, généralement le but est de vendre plus !

Tout cela a amené deux extrêmes : d´une part la surconsommation et l´addiction du public a des produits abordables qui en même temps épuisent les ressources de la planète, et d´autre part l´appel à une sous-traitance payée de moins en moins, souvent délocalisée, à des matériaux les moins cher ou de qualité réduite.

Ce modèle n´a plus de futur. Les entreprises doivent désormais tenir compte dans leur mode de gouvernance de leur responsabilité globale envers la société, tenir compte des besoins des parties prenantes par lesquelles l´entreprise peut exister : les clients, les salariés, les actionnaires, les sous-traitants et fournisseurs, les acteurs locaux et institutionnels. C´est un tout indissociable qui doit être croisé avec la raréfaction des ressources (énergies, matières premières).

A l´époque de Vauban, peu de ressources non renouvelables étaient utilisées, mais les problèmes de course au profit et manquement aux relations avec les parties prenantes se posaient déjà. Aujourd´hui, nous ne pouvons plus nous permettre de cumuler ces deux problèmes.

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